Journée de la cuisine haïtienne

Lorsque Rose m’a demandé de couvrir le déroulement de la Journée de la Cuisine haïtienne, je n’ai pas hésité à dire oui! Je dois toutefois admettre que je m’y suis rendue avec un peu d’anxiété. Malgré ce que je peux laisser paraître sur les réseaux sociaux, je suis quelqu’un d’assez timide et qui n’aime pas trop s’imposer. Disons que ce n’est pas le meilleur caractère à avoir lorsqu’on doit interviewer des gens qui se font interpeller de tout bord tout côté!

Par contre, tout était aligné pour que je passe une soirée en confiance. En effet, à chaque moment d’angoisse que je vivais, je croisais un visage familier. Tantôt le DJ faisait jouer une chanson qui me rappelait mon enfance,  tantôt un chef me balançait un sourire aussi chaleureux que le plat qu’il servait.

17h30: Je suis arrêtée à la lumière rouge au coin du boulevard Henri-Bourassa E et de l’avenue L J Forget, lorsque je vois débarquer deux jeunes femmes de l’autobus 40. À mon grand plaisir, je reconnais l’une d’entre elles: une blogueuse à laquelle je suis abonnée sur Instagram. Quoique je ne l’ai rencontré qu’une seule fois dans ma vie, je baisse ma fenêtre et crie  »ESTHER!! », excitée et rassurée de savoir que j’aurai une connaissance dans la pièce.

Journée de la cuisine haïtienne

18:10: Nadine Pierre, l’ambassadrice de la troisième édition de la Journée de la Cuisine haïtienne prend la parole pour souhaiter la bienvenue à tous et nommer les restaurateurs et traiteurs présents. Alors qu’elle fait saliver la foule en énumérant les différents plats que l’on pourra déguster, elle dit qu’elle a  personnellement hâte de goûter au pain patate (un dessert haïtien) préparé par Daniel Verdieu. Mon cœur flanche; elle vient de dire le nom de mon père! Mes yeux sortent de leur orbite à la recherche de ce dernier que j’aperçois souriant aux côtés de ma mère. Alors que je me dirige vers eux, je me dis  »Oh, les petits cachottiers! Ils ne m’ont pas dit qu’ils seraient là aujourd’hui! » Cette surprise me fait réaliser à quel point les Haïtiens peuvent être modestes et que bien souvent, ils n’aiment pas se faire de la publicité, même auprès de leurs proches. Heureusement, la force des choses a fait en sorte que j’aie pu être présente pour encourager mes parents (merci, Rose!).

Journée de la cuisine haïtienne
Daniel Verdieu, Rose-Laure, Edner Cajusma

19:00: Je ne sais plus où donner de la tête; il y a tant de nourriture à déguster et de moins en moins d’espace dans mon estomac! Alors que je fais le tour des tables, je constate que je réussis à identifier la majorité des plats. Il n’est donc pas vraiment question de quoi manger, mais plutôt à quelle table m’arrêter. Cela m’amène à constater que certes, tous les mets semblent être cuisinés à la perfection, mais je m’attendais à plus d’innovation de la part des restaurateurs. Suis-je la seule qui attend impatiemment l’arrivée d’un nouveau  »classique », au même titre que le  »pâté au boeuf », le  »riz collé », ou le  »riz blanc avec lalo » dans la cuisine haïtienne?

Ma mère m’a souvent raconté comment étant jeune, elle grimpait dans les arbres fruitiers de sa ville natale de la Petite Rivière de l’Artibonite afin de cueillir des mangues, des papayes et des noix de coco.  Je me suis toujours demandé pourquoi ces fruits n’étaient pas à l’honneur dans la cuisine haïtienne. Nous sommes habitués aux traditionnelles salades russes (patates, betteraves, carottes) ou aux macaronis, mais à quand une salade verte à la papaye ou à la mangue par exemple? Rapidement, mon cerveau passe en revue tous les plats haïtiens que j’ai commandés pour emporter dans la dernière année: la salade est soit inexistante, ou consiste bien souvent en quelques lanières de laitue iceberg sans légume ni vinaigrette. Le constat est flagrant: les Haïtiens aiment leurs  »fèy » cuites, sur une montagne de riz blanc et bordés par une rivière de  »sos pwa ». Mettons les choses au clair, j’adore la cuisine haïtienne, mais j’aimerais ne pas avoir envie de faire une sieste après chaque repas! Je dis vrai ou pas?

Journée de la cuisine haïtienne

20h21: le ventre plein, je parcours la salle d’un pas lent, à observer les gens. Le DJ enchaîne une série de chansons évangéliques, au grand plaisir de plusieurs. Je me sens revivre les dimanches de mon enfance lorsque nous attendions avec impatience la fin du service (pardonne-moi Seigneur) afin de pouvoir manger les pâtés chauds dont l’odeur remplissait l’Église. Mon regard se pose sur le traiteur Myriame Saint-Louis: les deux bras dans les airs, elle chante:

Si’m te zwazo mwen ta vole (Si j’étais un oiseau, je volerais)

ak zèl mwen yo m’ta bay Bondye glwa (avec mes ailes, je donnerais gloire à Dieu)

Si’m’te pye bwa mwen ta balanse (Si j’étais un arbre, je me balancerais)

Ak branch mwen yo m’ta bay Bondye glaw (avec mes branches, je donnerais gloire à Dieu)

Mwen pa zwazo mwen pa pye bwa (Je suis ni oiseau ni arbre)

Ak men mwen yo, m’ap bay Bondye glwa (avec mes mains, je donne gloire à Dieu)

Elle ne fait pas que chanter les paroles, elle semble les vivre à fond. Éventuellement, nos regards se croisent et comme si elle pouvait lire l’intrigue dans mes yeux, elle sort de derrière sa table pour venir me raconter son témoignage. Il y a deux ans, elle a évité la mort suite à un terrifiant accident d’auto. Son médecin lui avait dit qu’elle ne pourrait plus marcher. Pourtant, elle venait de passer la journée debout à cuisiner et la soirée à servir plusieurs centaines de personnes.

20h51: je réussis finalement à m’entretenir avec Edner Cajusma, le fondateur de la Journée de la cuisine haïtienne. Lorsqu’on parle de la culture haïtienne, on pense bien évidemment à la nourriture, mais également à la musique, à la littérature et à l’art. Je lui demande donc ce qui l’a poussé à créer un évènement autour de la cuisine. M. Cajusma me répond que selon lui, la cuisine est l’élément de notre culture qui est le plus universel:  »je pense que c’est la matrice de toutes les cuisines du monde. On a quelque chose de riche qui mérite d’être découvert par les autres communautés ».

Il va sans dire qu’Edner est un rassembleur de nature. Mes parents m’expliqueront en fin de soirée qu’ils avaient été invités à participer à la Journée qu’une semaine avant l’évènement, après avoir croisé Edner à un mariage. S’il a réussi à réunir plus d’une vingtaine de restaurateurs et traiteurs pour cette journée, il me confie que la tâche n’est pas sans obstacle:  »ce n’est pas facile de regrouper tous les restaurants [afin qu’ils viennent] donner gratuitement de la nourriture aux gens pour faire de la publicité. Je pense que le gros défi c’était ça; de convaincre les restaurateurs.  N’ayant qu’un seul commanditaire officiel depuis les deux dernières éditions (Jacques Tanis de Remax 2000) l’organisation d’un tel évènement présente des obstacles financiers considérables.

Une chose est sure, le tout en vaut la peine:  »ce qui fait ma joie c’est de voir tous ces gens [se réunir autour de la] cuisine haïtienne ». Celui qui a créé une journée pour mettre en valeur les saveurs de la Perle des Antilles me confirme qu’il aime cuisiner ses mets préférés, soit le lalo, le kalalou et les fruits de mer. Ce sont sûrement ces mets qui se retrouveront dans la première assiette qu’il se servira lors de la quatrième édition de la Journée de la Cuisine haïtienne, car oui, à voir tout le réseautage que M. Cajusma a fait lors de cette soirée, on peut confirmer que la planification d’un tel évènement débute à même celui qui est en cours.

21h05: Je quitte le Centre des Affaires Renaissance émue et fière (et Mère Nature l’est tout autant, car il pleut à siaux!). Émue et fière qu’une telle journée existe; émue et fière de voir à quel point les membres de ma communauté se sont déplacés en grand nombre pour y participer; émue et fière de voir une file se former devant la table de mes parents servant leur pain patate le sourire aux lèvres! L’union est colorée. L’union est chaleureuse. L’union est réconfortante. L’union est savoureuse.

L’union fait notre force et notre fierté. L’union c’est notre chère cuisine haïtienne. Au plaisir de vous croiser l’an prochain aux Journées de la Cuisine haïtienne!

*Ai-je vraiment mis le mot  »journée » au pluriel? La prochaine édition se déroulera-t-elle sur un weekend complet? Est-ce que je viens de dévoiler une primeur? :O À suivre!

Image de couverture : Miami

Ce texte est une collaboration avec Laury Verdieu de LVLAVIE

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